La Famille - Bastien Vivès (éd. Delcourt, coll. Shampoing)
Après Les Melons de la colère, cette BD de Bastien Vivès évoque de nouveau grosses queues et gros seins, comme fantasmes absolus. Je vous passe le chapitre où il imagine ses enfants parler de lui et évoquer sa grosse bite, “une des plus grosses de toute la BD”. Certes, il y a le second degré et l’ironie, mais ces références à répétition sont lassantes.
J’ai demandé à Vincent Brunner, qui l’a interviewé pour le prochain numéro de la revue “Amusement”, de lui poser la question. Pourquoi cette obsession naïve ? J’attends la réponse…
Je ne vous conseillerai donc pas d’acheter La Famille, je vous donne mon exemplaire bien volontiers.
5:37 am • 2 May 2012
Tonight - Nine Antico (Ed. Glénat)
Avec son trait 70’s Nine Antico explose les BD aux personnages féminins cuculs. Après “Girls don’t cry” (que je n’ai pas lue), elle revient avec “Tonight”, récit de six soirées vécues par Pauline (la fille aux lunettes en coeur) : ciné, réveillon, mariage, concert, rencard, etc.
L’ellipse est le ressort de cette BD qui saute des épisodes, avant d’y revenir : Pauline et ses copines sont des jeunes femmes aux traits rétros qui écoutent de la musique bien d’aujourd’hui (Metronomy, Beyonce, Panda Bear), qui draguent, qui couchent, qui sont fières de leur indépendance, de leur solitude avant de la fuir et qui chialent devant des films avec Mathilde Seigner, rematent “Clueless” quand le moral se casse. La pop culture, l’une des autres forces des albums d’Antico, avec ce langage définitif et sans chichis des personnages. Je reste un peu sur ma fin car l’histoire de ces nuits, étalée sur plusieurs épisodes, est vite lue. Mais on pardonne tout à Nine Antico, surtout après “Coney Island baby”, biographie allumée de la vie de la pin-up Betty Page et de l’actrice porno Linda Lovelace.
La couv’ de “Tonight” n’est pas sans rappeler la pochette de “Lust for life” d’Iggy Pop : une rock culture qu’Antico illustre depuis un moment. “Too drunk to do the show”, recueil de croquis de concerts auxquels Nine Antico a assisté, a été édité par le label Inmybed en 2009 (aussi la maison qui a publié wonderful “39 ans 1/2 pour tous” de Philippe Dumez).
1:47 pm • 29 April 2012 • 1 note
La Conversion - Matthias Gnehm (Ed. Atrabile)
Lorsqu’un architecte suisse passe à la BD, il y a de grandes chances que les paysages soient particulièrement chiadés. Perspectives épatantes, lignes fines, dessins ultra-précis servent cette histoire autobiographique.
L’histoire ? Dans un petit village non loin de Zurich dans les années 70, un jeune garçon veut se convertir par amour, pour pouvoir aller au “groupe biblique” avec Patrizia. La famille, qui ne croit pas en dieu pour un sou, se méfie d’un pasteur un peu louche et s’écharpe chaque fois que Kurt veut sortir sa bible.
Les ados traversent leurs crises personnelles dans des dessins qui semblent être cadrés comme des plans de cinéma (vue aérienne, plan large, zoom, gros plan) et les paysages ressemblent à de singulières cartes postales jaunies. Les personnages secondaires (le père dans l’armée, la femme du pasteur) sont très justes et rendent cette nouvelle BD autobio attachante.
6:45 pm • 11 March 2012 • 2 notes
Neptune - Aron Niels Steinke (çà et là)
Une petite histoire en passant. Rien de complexe dans l’intrigue. Neptune, c’est le chien sur la couverture de cette mini-BD/roman graphique américaine. Avec Erika, élève en CM2 et son frère Patrick (en CE2), ils vivent une journée un peu buissonnière et rocambolesque avec ce chien qui les suit. Petite critique du système scolaire américain, les pages en noirs et blancs cherchent surtout à se placer dans l’esprit d’un enfant, la naïveté en moins. C’est vite lu (160 petites pages), mais rafraîchissant.
7:06 pm • 12 February 2012
David, les femmes et la mort - Judith Vanistendael (Ed. Le Lombard)
De l’aquarelle et un traitement de la mort qui fout un coup de poing dans le ventre.
David est le père de Miriam, la trentaine, et de Tamar, 9 ans. Il est aussi le mari de Paula. Miriam a une fille dont le père est absent : Louise. A Berlin, cette famille essaye de survivre à la maladie grandissante de David. A chaque chapitre, un personnage encaisse l’évolution de la tumeur de David, une tumeur au larynx : Tamar part en vacances avec son père alors qu’il est déjà diminué, sa femme, Paula, artiste, le représente sous forme de squelette, Miriam tente de se rapprocher. Rien de larmoyant, des moments ordinaires à l’hôpital, à la maison, et des planches, des aquarelles précises aux couleurs splendides.
Entrecoupés de poèmes et de textes tirés d’oeuvres d’auteurs étrangers, les chapitres déclinent des cases qui disparaissent souvent au profit de représentations de la mort époustouflantes. La trame de l’histoire se déroule toute seule de moments flottants en histoires bien concrètes (le corps épuisé par la maladie, l’abandon), et au coeur de l’histoire, les relations entre mère, soeurs, filles.
5:12 pm • 12 February 2012 • 1 note
Chroniques de Jérusalem, Chroniques birmanes - Guy Delisle (Delcourt)
Un canadien doué de plus. Après Michel, voici Guy. Guy habite à Montpellier avec sa femme. Comme celle-ci est médécin chez Médecins sans frontières, Guy parcourt la monde. Dans Shenzen, puis Pyonyang, et ensuite avec les Chroniques birmanes et les Chroniques de Jérusalem publiées en novembre chez Delcourt. Un BD-reporter, comme on aime à les appeler, à la Joe Sacco ou Etienne Davodeau.
Promeneur de poussette dans ses deux dernières BD/romans graphiques, Guy Delisle n’a rien du baroudeur Sacco ou du candide Mathieu Sapin (qui suit la campagne en dessins pour Libération). On aime bien se promener avec Guy et ses enfants. En particulier dans Chroniques de Jérusalem (voir le blog associé qu’il a fait sur place) qui décrit minutieusement à quel point la situation est complexe.
Traditions religieuses, fêtes juives, organisation des colonies, bombardements à Gaza, les dessins, aussi rapides à la lecture que le texte (il en parle dans un portrait publié dans Libération ce week-end), servent très bien les expériences personnelles qui nous aident à comprendre par le petit bout de la lorgnette le conflit israëlo-palestinien.
Je ne me suis pas ennuyée une seconde et j’avais envie de suivre la poussette, les cailloux qui passent au dessus du mur, les expéditions à Gaza. Bonus par rapport aux Chroniques birmanes : les couleurs (faites avec Lucie Firoud) qui rendent ces 334 pages cocasses, justes et efficaces.
Bon maintenant, Guy, tu pars où ? Malheureusement, Addis Abeba et le Vietnam ne t’avaient pas inspiré, tu le disais à Libération, espérons que le prochain pays sera la bon.
3:17 pm • 26 December 2011 • 3 notes
Les gratte-ciel du Midwest - Joshua W. Cotter (çà et là)
Foisonnant, riche, bourré de détails géniaux, l’histoire d’un petit mec à la tête de chat qui vit dans une bourgade du Missouri et qui s’imagine en robot, en héros, combattant des dinosaures en même temps qu’il subit sa première déception amoureuse, et le décès de sa grand-mère.
C’est à la fois un portrait de cette Amérique profonde et rurale, d’une famille catho sans-le-sou et le parcours d’un pré-ado. Complètement réaliste et totalement barré (des planches entières se passent dans ses rêves avec des robots immenses, des chats qui volent, des pubs des 80s flippantes), Joshua Cotter décrit assez justement les débuts d’une dépression infantile.
Planches abstraites, dialogues bien sentis, mondes imaginaires, sans doute l’une de très bonnes BD de 2011. Bonus à la fin : les carnets de note de l’auteur et quelques planches inédites.
6:00 am • 21 December 2011 • 1 note
Paul à la pêche, Paul au parc - Michel Rabagliati (La Pastèque)
T’as envie de dire merci à Michel, l’auteur, de lui taper dans le dos même parce qu’on s’attache vite à Paul. Paul à la pêche et Paul au parc font partie d’une série de BD autobiographiques. Paul au parc vient de sortir, et quelqu’un de bien renseigné conseillait de lire Paul à la pêche pour débuter. Chose faite.
Cette série est confortable, c’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire les histoires aux traits justes de Paul tout au long de sa vie : de son apprentissage chez les scouts, sa passion pour les BD, son premier amour à son premier enfant. Rien de transcendant, juste des sentiments pas dégoulinants, et des personnages sympathiques. Pas de couleur, des nuances du noir au blanc, et le *petit plaisir* qui ne gâte rien : les paysages canadiens. Car oui, Paul est québécois, vit à Montréal et il parle avec l’accent. Savoureux.
5:47 pm • 18 December 2011 • 2 notes
Virginia Woolf - Michelle Gazier x Bernard Ciccolini (Naïve)
Ecrire une BD à propos de la vie de Virginia Woolf n’est pas chose facile, je vous le concède : choisir ce qu’il est bon retenir parmi tous les éléments apportés par les biographes et ses journaux est difficile.
Ayant lu Une chambre à soi (un bijou) et Mrs Dalloway, je crois qu’il n’était pas possible d’écrire une BD si plate. Elle suit les principaux événements de la vie de l’écrivain sans aucune finesse et dans un style très scolaire.
Si les couleurs sont parfois splendides, le dessin me rappelle les mauvaises BD historiques. Je ne vous dirais pas de l’acheter, je n’y ai appris que quelques éléments de sa vie, mais rien de la construction de sa pensée. Le tout est très factuel.
(Une autre BD existe à propos de la vie de Françoise Dolto par des auteurs différents dans la même collection “Grands destins de femmes”)
6:19 pm • 11 December 2011 • 1 note